Photos / O
Modèle / Amélie

Photos par Linakim

Modèle: O

Si je mettais autant de temps et d’efforts à lutter contre le sexisme que je mets de sueur et de salive à te pomper la bite, je me sentirais peut-être plus utile dans la lutte des sexes.


(C’est juste une théorie)

-O

Photos / O
Modèles / A.Ro.

Papercut

Une nuit froide de mars, en plein dans mes examens finaux. Il est passé minuit, j’essaie d’étudier, mais je suis zéro concentrée parce que tu viens de me texter : “Je pars de Montréal.” Ça fait des mois qu’on s’est vu, j’ai vraiment hâte de te voir.

C’est fou ce qu’on a. On se voit deux fois l’an, sporadiquement, on se chat ça ben quick pis futile sur Facebook entre temps, mais quand on se retrouve, c’est comme si on s’était vu la veille. On est super à l’aise, sauf qu’on ne parle jamais du vrai, de nous, de notre “relation”. On jase, on rie, on baise, on dort collés, on prend notre douche ensemble le matin, casual, comme si c’était normal, la routine. Pis après on repart chacun dans notre monde respectif, en s’éloignant toujours un peu plus de fois en fois. C’est un peu hors du temps, comme si on suspendait le cours normal de nos vies l’espace d’une soirée. On se connait plus du tout au quotidien, au jour le jour, même si pourtant tu restes une des personnes qui connait le mieux mon âme, mon essence. 

Je me prépare en vitesse et j’embarque dans mon auto. Je prends la route vers chez toi, ce trajet que j’ai dû faire des centaines de fois. J’approche. Je m’enfonce un peu dans le boisé, guidée par la lumière que dégage le feu que t’as allumé dans le shack. J’ai les jambes molles et le sourire facile. J’entre. T’es là. Tu souris. T’es beau. J’ai envie de te serrer fort, longtemps. Je le fais. Personne d’autre que toi ne me fait sentir comme ça. Fébrile et calme, simultanément.

Ça fait vraiment longtemps qu’on a eu une vraie conversation. La dernière fois qu’on s’est vu c’était au Saint-Édouard, mais on n’avait pas vraiment parlé, ça avait été un peu trash. Je me rappelle du matin chez toi. Les yeux bouffis du make-up de la veille, mes petites culottes dans un coin de ta chambre en désordre, ton corps fiévreux à ma gauche, moi sur toi qui profite de ta peau avec ma bouche vorace. Comme si elle essayait de se remémorer ce corps qu’elle a déjà connu par cœur, avec toutes ses marques et courbes et odeurs et angles et textures et cicatrices.

On est assis au bord du feu. Tu me parles de tes projets, de tes derniers voyages, de tes récentes lectures. Tu te moques de mes déboires. Le son de ton rire goûte bon dans mes yeux. Je te regarde. En alternance, quatre secondes tes yeux, une seconde tes lèvres. Je te regarde me regarder. Tes poignets reposent sur mes épaules, tes mains glissent dans mes cheveux, les repoussent dans mon dos. Mon cœur qui bat un peu plus vite, mon souffle qui s’accélère, qui s’approfondi. Ce feeling indescriptible, à la fois dans la gorge et le bas-ventre. Tsé, c’est un peu le même principe qu’à la Ronde. La partie la plus intense du manège c’est toujours l’attente. Quand tu comptes les pre-teens dans la file devant toi pis que tu sais que dans trois tours c’est toi qui va avoir la tête à l’envers. La meilleure partie d’un baiser, c’est l’anticipation.

Enfin. Une nuit wannabe blanche, deux heures de sommeil gros max. Tes mains douces et rugueuses sur mes hanches, ton souffle qui chatouille mon cou, ou c’est peut-être ta barbe, je sais plus, c’est flou. Tu me remplis le corps, la bouche, la tête, les rêves. Je quitte en ayant hâte qu’on remette ça.

Ça fera bientôt sept mois. C’est différent. Ton silence me fait l’effet d’un paper cut sur le coeur. Ça saigne pas, ca se voit pas vraiment, mais ça brûle, ça gosse pis ça guérit mal. Mais I guess que c’est à mon tour de souffrir. J’espère que la vie t’est douce, que t’es heureux. Je me dis : “Un jour”. 


-Ca

Les petits matins

On se réveille d’une soirée gin and juice.  T’as bu le gin, j’ai bu le juice.

Entre deux sessions de dry-humping, tu me dis “une chance qu’on n’a pas couché ensemble hier parce que j’aurais eu de la misère à bander”. C’est quoi ça te suffit pas juste dormir collé?

C’est le matin dans notre microclimat humide dehors il pleut. Tu dois partir bientôt parce que c’est la fête de ton ami. Bonne fête l’ami! Vas-tu lui faire à déjeuner?

Au lieu de s’agacer les zones érogènes on se parle de nous. Préliminairement parlant, tu me montres ton début de calvitie que je caresse tendrement. Je te dis que j’fais des bons biscuits. Veux-tu être le père de mes enfants?

Tu pétries mon cul parfait sans pouvoir t’y agripper parce que nos chairs suent comme t’en a rarement eu l’expérience. On calcule malhabilement la force centrifuge de mon entrejambe. Tu perds la notion et on écoule les heures sur mes fesses. Ton overtime, y’est tu payé temps triple?

 

Je jouis instantanée quand tu me prends en doggy style

J’ai apposé la mention « casual » sur nos pulsions animales

On se retrouve les jours compte-gouttes

Pour du fun

Du criss de fun

Du gros fun sale

 

-O
(texte paru dans le recueil de l’été 2013)

Photos / Roxanne C. 
Modèle / Camille

Il n’y a pas de répétition pour le premier acte

Petite femme devinette qui me casse-tête
ç’aurait pu être ton nom si ç’avait pas été si
long

mais je sais tu sais
les débuts dorment longtemps
et se nourrissent peu
n’avalent que leurs propres je t’aime pas encore mûrs mûrs
il faut encore dessiner de nos lèvres
le chemin entre le tendre du cou et nos sexes
sans s’égarer trop
en passant par le cœur

mais tu sais je sais
ces jours (nouveaux) nés
possèdent aussi
la beauté innocente
des messages textes écrits au scalpel
des dents qui se touchent les premières fois

alors on les garde cachés sous nos langues
pour les après-midis de pluie dans les yeux
les nuits d’orage dans nos ventres

et quand j’ai encore peur du noir
qui pourrait naitre sous nos ongles
sans qu’on s’en rende compte

puis trop tard
faut couper

-Charles

Merci, merci, MERCI!

Un immense MERCI à tout le monde qui ont participé à la campagne de financement! Wow on capote ben raide! Grâce à vous, on a plus que dépassé notre objectif et on pourra sortir la deuxième publication TIBTP le mois prochain. Merci de nous lire, de nous encourager et de nous suivre dans cette folle aventure sexu-coquine. Manquez pas le lancement du magazine le 24 octobre au Café Atomic (Hochelag represent). On a vraiment hâte de vous rencontrer!!

-L & O

Tu as dû mal dormir la nuit dernière, parce que ce matin ta tête est enfouie dans ton coude et tu dors. Tu dors fort. Ça m’excite de te savoir si vulnérable, aveugle derrière ton rideau de paupière. Je m’assoie à côté de toi et je vois ta poitrine se soulever par saccade. Tes cheveux bruns cachent une partie de ton visage et tes lèvres sont entrouvertes; il me pousse une envie d’y mettre mes doigts. Je me retiens, je sais que tu te réveillerais avec mon regard qui te fixe et tu me dirais:

-Qu’est-ce que tu fais vieux pervers?

Je mettrais alors ma main entre tes cuisses, tes cuisses fortement soudées, et te défierais du regard jusqu’à ce que tu fléchisses, jusqu’à ce que tu relâches un peu et me laisse y mettre ma main. La résistance serait de courte durée. Mais il est tôt, ce matin, et je te laisse dormir. Je te laisse baver tranquillement sur ton pull.

C’est une secousse qui te réveille. Sursautant, tu lèves la tête et regardes frénétiquement autour de toi. Tu ne reconnais rien ni personne. Tu regardes par la fenêtre, puis me fixe avec une pointe de désespération. Je vois dans tes yeux verts ton incompréhension et j’aime te voir si désemparée, si endormie, si fragile. Je souris. Je crois que je t’aime. Je n’ai pas le temps de te le dire, tu propulses ton corps et te précipites vers la porte, perds ton équilibre et t’accroches à un passager. Les portes s’ouvrent et tu sors du wagon.

Je te regarde partir, je ne fais rien pour te rattraper. Je reste assis comme un con avec mon érection timide. Tu rajustes ta jupe en courant dans les escaliers.  


-K

Parfois je fouille dans mes photos de mon séjour au Mexique et je me dis que y’a plein de belles choses que j’ai pas partagées avec vous… comme la fois où on était tous à poil dans la jungle à San Pancho.

Photos / O
Modèles / C, C et L

Ça faisait déjà quinze bonnes minutes qu’on s’embrassait dans ton auto, j’étais assise sur toi j’avais tes oreilles dans les creux de mes coudes on essayait de s’imbriquer un peu pour dire ça poliment.

On savait ce qui allait se passer et quand je dis on savait ce qui allait se passer je parle de toi qui déménages parce que ta vie était ailleurs pis c’est correct même si souffrant par bouts c’est ça qui allait se passer après cette soirée-là, on se reverrait plus jamais ou plutôt plus jamais dans cet état d’ébriété avancé qu’on atteignait souvent en buvant du vin en se regardant dans les yeux.

Ça faisait longtemps que j’étouffais des mots quand j’étais avec toi, le jeu tu vois c’est comme retenir son souffle sous l’eau le plus longtemps possible sauf que là c’est des mots que tu retiens pis c’est genre en marchant dans la rue ou en mangeant au resto ou whatever y’a pas de place en particulier, l’important c’est que tu sois pas le premier à dire les mots et toi doucement comme si tu comprenais tout ce que je retenais dans ma grosse poitrine chaude, tu m’as rassise sur mon banc de co-pilote et t’as commencé à détacher les attaches qui nous séparaient un de l’autre, ta peau de la mienne, tu me regardais avec des yeux que je t’avais jamais vu avoir je pense que je t’embrassais tellement qu’un moment donné j’ai mangé ton nez une niaiserie de même pour nous faire rire en même temps tu continuais de m’embrasser et en même temps comme si t’avais quatre bras ce soir-là, tu t’es mis à baisser mon siège de co-pilote c’était audacieux dans une vieille Volkswagen parce qu’il faut tourner la petite roue pendant longtemps pour obtenir la version couchée du banc t’étais là j’avais plein de chose à te dire genre oui au complet fais-le-moi au complet dans le sens de prends moi pas à moitié dans le sens que rentre dans moi jusqu’au boute j’m’agrippe on part, mais je disais rien t’as collé ton front sur le mien pour me regarder m’étendre p’tits coups de roulette par petits coups de roulette pour une première et dernière fois tu plaçais notre scène d’amour secret d’adieux silencieux. On a fait l’amour secret l’amour d’adieu ensemble ce soir-là sur mon siège de co-pilote ça tombe bien on aimait ça faire toute sortes d’affaires ensemble t’étais tellement dur en moi que j’ai compris que toi aussi tu retenais des mots soufflés remplis de toi pis moi ensemble j’aurais préféré que tu m’emmènes avec toi, mais j’ai rien dit parce que jamais j’aurais voulu gâcher par des mots vides nos silences consentants j’espère que t’as compris mon sentiment à travers mes plaintes saccadées. J’ai remonté mon siège de co-pilote pendant que tu remontais tes pantalons, j’suis débarquée dans le driveway chez nous j’t’ai dit bye bye gênée comme si on avait seize ans pis que t’étais mon premier, j’avais des sentiments d’enfant devant toi qui partait dans ton Volks bleu, j’ai gagné au jeu de la confidence, j’ai retenu mon souffle pis mes mots. T’es parti avec mes soupirs.

 -MaQuerelle